3.5.11

Olé!

Une fois n'est pas coutume (et je tiens à rassurer là mes nombreux lecteurs sur ce point), le sujet de ce post sera d'actualité : l'inscription de la tauromachie au patrimoine immatériel français.

La France devient ainsi le premier pays taurin au monde à effectuer cette démarche auprès des nations-unies.

Ce n'est PAS du pipi de chat.

Je suis d'ailleurs content (une fois de plus) que le mois de salaire que j'ai laissé l'année dernière aux impôts ait ainsi pu être avantageusement utilisé... en cocktails et réunions tellement importants à l'orée de la nouvelle ère franco-tauromachique, et toujours fier de cette longue tradition française à l'ouverture de nouvelles voies culturelles et au défrichement de nouveaux sentiers moraux.

Le peuple réclamait cette inscription depuis longtemps. C'était même, n'ayons pas peur des mots, une priorité Nationale.

Nous connaissions les lumières, Voltaire, la Révolution... nous avions, avec tellement d'enthousiasme, libérées nos colonies...
Nous décrétons maintenant Sylvester Stallone chevalier de la légion d'honneur (ne vous méprenez pas, je suis un fan de la mise en marche arrière sur highway de sa Mercury 1950 dans "Cobra", mais, finalement, je ne vois pas tellement le rapport), et la tauromachie au patrimoine culturel français de l'UNESCO.

Ironie mise à part, y'a tout de même des fois où l'on se pose des questions, et où l'on regrette que son incompréhension totale de la scène et des enjeux politiques puisse nous aveugler à ce point.

Car: oui. Nous n'y comprenons rien.

Dans un pays où la grande majorité de la population commence doucement à s'inscrire contre la mise en spectacle de la souffrance animale, au point que ses chères petites têtes blondes et leurs parents ont maintenant besoin hypocritement que leurs steacks soient débités en formes de Mickey
(en plus du traditionnel encouragement au "bon appétit" face à la débauche de globules rouges étrangers),
où son gouvernement est attendu au tournant et surtout à la "rassurante" approche des prochaines élections démocratiques, comment est-il possible qu'une telle décision soit prise ?

Je n'arrive même pas à supposer les véritables enjeux économiques et politiques, même dans le pire de mes cauchemards.

Je vais maintenant ici faire preuve d'une audace sidérante. Attention, propos subversifs inside :
N'y aurait-il pas quelques pratiques culturelles, comme une recette de cuisine régionale, une bonne vieille cancoillote ou un très bon tourniquet breton, qui mériterait plus un tel étalage de mots, de fric, de postérité et de foin que l'assassinat ludique de quelques bovins ?

Alors c'est sûr, la tauromachie, ce n'est pas que la corrida, il y aussi les courses, camarguaises et autres, où il n'y a pas de mise à mort de l'animal (mais je ne suis pas tellement sûr que celui-ci s'amuse toutefois autant que le fier "français" qui lui court après (et qui ne parle pas, non plus, fièrement qu'il est paré à paillettes, la même langue que Victor Hugo, et le revendique à l'occasion.)

Caramba !!!

Mais la taureaumachie à l'unesco, oui, c'est AUSSI la corrida.

Certains arguments pro-corrida sont d'ailleurs vraiment épatants, et, comme toujours dans les débats "moraux" concernant une habitude comfortable, tournent autour de la diffusion de responsabilité ... une habile recherche sur gougueule saura vous en convaincre...

En gros, pour résumer, et je vous demande ici de bien peser ces phrases :
"Je vois pas pourquoi je ferai du vélo, c'est les industries qui polluent".
"Et pourquoi j'arrêterai de manger de la viande ? tout le monde le fait".
 etc...

C'est encore fier, comme propos, c'est la grande classe, beaucoup de courage et d'humanité.

Eh bien s'ils dorment sur leurs deux oreilles (et la queue), pas moi.

Curieusement, il m'est venu cette pensée : il y a certainement plus de françaises qui portent la burka que de français qui vont dans les arènes.
C'est à voir.

C'est pourquoi, réflection faite, et en accord avec Godwin, je propose pour ma part l'inscription du viol collectif au patrimoine immatériel français.

Après tout, c'est bien traditionnel comme pratique, ça ne mange pas de pain, et puis c'est scientifique, sans aucun cautionnement ou critère moral :  on l'a toujours fait, que ce soit dans une caverne, lors d'une bonne guerre, ou dans un local à poubelle (joie de l'évolution, on a maintenant le chauffage et la lumière électrique). Simple constatation.
Il y a un vocabulaire collectif dans cette pratique, même si certains ethymologistes remettent en question l'évolution du fameux "Palsembleu, vire lui ses guenilles à la mécréante, que je lui montrois le Christ" en "Tiens-la bien, cette salope, je vais lui faire sa fête".

Nous sommes donc, puisque la Morale n'a rien à y voir, dans le cadre du patrimoine culturel immatériel français dont la convention adoptée à l'UNESCO en 2003 impose aux Etats signataires de tenir un inventaire de leur patrimoine national.
Cette inscription relèverait simplement «l'existence factuelle d'une pratique et d'un développement alentour d'un certain nombre d'éléments de nature culturelle (rituels, œuvres inspirées, rassemblements populaires, pratiques d'un vocabulaire spécifique)», comme l'a précisé le ministère.

J'ai hâte.

...En attendant, en espérant n'avoir dégouté personne par mon approche un peu désespéré :

3 comments:

  1. yep...tu parlais d'inscrire la délation et la torture au patrimoine de la barbarie française, mais c'est vrai que notre beau pays partage ces pratiques avec pas mal d'autres contrées...ce n'est pas assez spécifique...
    alors que la corrida fait vraiment partie intégrante de mon identité de française...devant combien de corridas ne me suis-je pas pâmée!combien de queues de taureau gratinées au camembert n'ai-je pas dégustées, avec un bon petit bordeaux! combien de picadors ténébreux n'ai-je pas croisés!!!
    ah! c'est bon de sentir que ma passion pour la corrida est dorénavant publique cosmiquement...
    tu crois que les martiens se méfient davantage de nous, de leur poste d'observation?
    ps: bravo pour tes illustrations, bidonnantes, malgré tout!

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  2. Cabinet de Fumisterie AppliquéeMay 5, 2011 at 10:09 AM

    Ah certes, la mise à mort est toujours un spectacle, et la consommation du spectacle doit s'achever avec la mise en bouche du cadavre. Actuellement ce rite cherche une légitimité, c'est ça le classement au "patrimoine"...

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  3. Oui, et c'est bien l'un des GROS problèmes de cette hérésie d'inscription à l'UNESCO :
    une fois légitimée officiellement, il n'y a plus de raisons que la barbarie cesse.
    Au contraire, cela risque d'être l'occasion de la péréniser (pourquoi pas même des subventions étatiques ?)

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